La population de Lunenburg en 1940 dépassait tout juste les 2 500 habitants (et n’a toujours pas atteint les 2 600 de nos jours). La plupart des jeunes hommes avaient rejoint les forces armées, ou étaient en mer à bord des navires marchands. Ainsi que le disait un ancien : « ceux qui restaient étaient trop jeunes, trop vieux ou inaptes physiquement ». Si l’on en croit les journaux de l’époque, les Norvégiens furent très bien reçus par les habitants de la ville et participèrent rapidement aux activités à caractère social de Lunenburg. Même les paysages de Hubbards à Liverpool concouraient à ce qu’ils se sentent chez eux, tant ils ressemblent aux paysages de l’ouest du fjord d’Oslo, d’où étaient originaires la plupart des marins et des chasseurs de baleine. Leurs parades dominicales à l’Eglise Luthérienne Sion devinrent un spectacle hebdomadaire et ils commencèrent à organiser des soirées caritatives au profit de la Croix-Rouge.
Une terrible tempête affecta le premier événement de ce type, et l’on dut annuler un match de football entre les Norvégiens et une équipe de la ville, mail le concert et le bal permirent de récolter 64.78 $ pour la Croix-Rouge. La ville organisa aux Armureries de Lunenburg, un accueil citoyen comprenant une réception et des danses. Le journal local devait rapporter que ”les jeunes Norvégiens dansent avec enthousiasme...”. la présence des Norvégiens eut un impact significatif en termes économiques. Des centaines d’hommes, jeunes pour la plupart, se trouvaient là avec de l’argent dans les poches, qu’ils ne pouvaient pas envoyer chez eux ; donc ils le dépensaient sur place. Quand les chasseurs de baleine reçurent leur part finale de la vente de l’huile de baleines, cela représentait une somme considérable, car le calcul de leur part était fondé sur le prix de revente de cette huile, qui avait considérablement augmenté du fait de la guerre. On dit qu’ils achetèrent tellement de voitures dans la région que les vendeurs furent en rupture de stocks et durent en faire venir d’Halifax pour répondre à la demande. Le chaf de la police écrira plus tard: ”Nous avions là de 400 à 500 sympathique jeunes Norvégiens ainsi que plusieurs centaines de persdonnels de la marine canadienne. ..les jours de paye étaient assez éprouvants. Les rues étaient bondées, et les restaurants pleins à craquer. Cela ressemblait à Times Square le Jour de l’An. Dans les salles de bal, il était impossible de s’asseoir...les bijouteries et les parfumeries faisaient des affaitres en or. L’argent n’était pas un problème...”. La présence des Norvégiens causa remarquablement peu de troubles. Hugh Corkum, ancien chef de la police de Munenburg (composée de deux personnels) leur consacre un chapître de ses mémoires Des deux côtés de la loi, et ne mentionne aucun incident sérieux si l’on excepte quelques cas de beuveries et de bagarres de bal. La police engagea quatre hommes à temps partiel comme auxiliaires et, en liaison avec la police militaire de la marine norvégienne, semble avoir réussi à maintenir l’ordre public de façon satisfaisante. Les Norvégiens s’intégraient bien, et les journaux de l’époque se font l’écho de manifestations organiséss dans les murs du camp Norvège, ou avec le soutien de ce dernier. En particulier, la visite en février 1941 du Prince héritier Olav et de la Princesse héritière Martha fut largement commentée dans la presse.
Il y eut aussi quelques mariages. Après la guerre, nombre de ces couples rentrèrent en Norvège, mail il semble que la plupart d’entre eux revinrent par la suite sur la Côte Sud. Quelques habitants des environs, de jeunes femmes en particulier, continuèrent à correspondre avec les Norvégiens après leur départ du camp. Elles leur envoyaient des colis confectionnés pour le ”soutien moral”. On trouve dans le livre Quelque part sur la côte Est du Canada une histoire touchante racontée par un marin norvégien à propos du don d’un Nouveau Testament et d’une paire de jambières de laines ainsi que d’un cagoule que quelqu’un avait tricotés pour lui et lui avait envoyés. Les jambières et la cagoule lui furent d’un grand secours, pendant et après la guerre, jusqu’à ce qu’elles soient complètement uéses, mais le Nouveau Testament occupe encore une place d’honneur sur les rayons de sa bibliothèque. Comme témoignage de la bonne réputation des Norvégiens et de la haute estime en laquelle ils étaient tenus, le conseil municipal et le monde des affaires offrirent un dîner d’adieu à Camp Norvège à l’occasion de sa fermeture en 1943. A la Chambre des Communes, le Député J. J. Kinley demanda à ce qu’un geste soit fait pour commémorer officiellement leur service au Canada, ajoutant: ”quand nous avons dit au revoir à ces Norvégiens, nous avons eu le sentiment de perdre des citoyens de valeur”. Mais rien ne fut fait à cette époque.
En 1994, une centaine de vétérans Norvégiens et un grand nombre de vétérans canadiens et américains prirent part à une réunion Camp Norvège durant une semaine. Parmi les les nombreuses commémorations qui eurent lieu lors de cette réunion, il faut citer la cérémonie pendant laquelle fut dévoilée les stèles du souvenir de Lunenburg, Chester et Liverpool.
Les vétérans reçurent un très chaleureux accueil, ce qui fut l’occasion de renouer des liens et des amitiés. Les villes concernées, le gouvernement provincial, le ministère des anciens combattants, la Légion Royale Canadienne, le Musée de la pêche de l’Atlantique, la Marine Canadienne, la Gendarmerie Royale Canadienne et bien d’autres institutions qu’il serait fastidieux d’énumérer firent en sorte de rendre cet événement inoubliable.